Octavio Paz, l'archet et la lyre

Spectacle musical pour harpe, contrebasse et poésie

Créé dans le cadre d’une résidence à Lamothe près de Bordeaux en août 2003, ce spectacle raconte l'histoire de la rencontre d'un homme et d'une femme, d'une harpe et d'une contrebasse, de l'écrit et de l'improvisé, de la musique des sons et de la musique des mots.

Salomé Magnier est harpiste classique et Gérald Muller est contrebassiste de musiques improvisées et de tango. Chacun des deux musiciens avait depuis longtemps envie d'explorer davantage la musique de l'autre... Chacun avait aussi envie d'imaginer un spectacle qui ne soit pas un simple concert et qui fasse aussi entendre la musique des mots d'un poète qui leur est cher : Octavio Paz.

C'est de ces désirs qu'est né "L'archet et la lyre" où pièces écrites alternent avec improvisations et où des poèmes d'Octavio Paz lus entre autres par les comédiens Christophe Feltz et Chantal Richard ou la chanteuse Marcela Bernardo tiennent la place d'un troisième instrument.

Salomé Magnier, harpe
Dès l’âge de huit ans, elle étudie la harpe au Conservatoire National de Région de Strasbourg. Elle entre dans la classe de Pierre-Michel Vigneau où elle obtient ses médailles d’or de harpe et de musique de chambre avant de réussir le Diplôme d’Etat d’Enseignement en 2000. Elle travaille ensuite en Allemagne avec Maria Stange à la Hochschule de Stuttgart.

Dans sa formation, elle rencontre entre autres Germaine Lorenzini qui perfectionne sa technique classique, Fabrice Pierre qui l’amène à s’investir dans les musiques d’aujourd’hui et Hélène Brechand qui lui donne le goût de la musique improvisée. Curieuse, elle travaille alors aussi bien avec une conteuse qu’avec un ensemble de tango argentin.

Elle participe également à différents festivals de musique classique et contemporaine (Musica, Festival de musique contemporaine de Stuttgart...) et joue au sein de différents orchestres en France et à l’étranger.

Une grande part de son activité musicale est aujourd’hui consacrée à la musique de chambre et à la création contemporaine (Gualtiero Dazzi, Pascal Dusapin, Ivan Fedele...).


Concours : Radio France en 1997, 1998 et 1999, UFAM en 2000, Epinal en 2001

Gérald Muller, contrebasse
Musicien d’abord autodidacte, il pratique plusieurs instruments avant de choisir la contrebasse qu’il étudie avec différents professeurs. Il a très vite la chance de jouer avec de nombreux musiciens dans des contextes très variés (jazz, musique improvisée mais aussi tango, chanson, musiques tziganes, funk…) et de parfaire ainsi sa formation.

Sa formation littéraire et son goût pour les autres arts l’amènent aussi à travailler pour la danse, le cinéma, le théâtre et à se produire occasionnellement en solo pour un contrepoint à une lecture ou à une mise en scène picturale.

Avide de rencontres, ouvert à toutes les expériences, il privilégie la poésie du discours, la création d’un espace sonore sans pour autant oublier le rôle fondamental de son instrument et développe un jeu sobre, efficace et attentif.

Il se produit régulièrement en club et a participé à plusieurs festivals importants (Italie, Autriche, Pologne, Tchéquie, Belgique, France…).

Il a joué avec Jerry Bergonzi, Sylvain Beuf, Marcel Azzola et travaillé avec Armand Angster (Accroche Note), Eric Watson et Bruno Chevillon.

Concours : Avignon en 1996 (Prix spécial du jury) et Concours François Jeanneau en 1998 (1er prix)

Octavio PAZ est né à Mexico en 1914. Sa mère est fille d’émigrants espagnols pauvres et son père avocat participe à la révolution mexicaine comme conseiller de Zapata. A Madrid, il participe à la guerre d’Espagne, puis lie des liens avec Pablo Neruda et Luis Cernuda. Diplomate de carrière (ambassadeur à Paris et à New Delhi), il a été probablement le plus grand poète de langue espagnole. Il a cotoyé les Surréalistes, notamment André Breton et Benjamin Perret. En 1990, Paz reçoit le Prix Nobel de littérature.

Voici deux textes lus pendant le spectacle :

Entendus avec l’âme,

des pas de l’esprit plutôt qu’ombres

et ombres de la pensée plutôt que pas,

le long d’un chemin d’échos

que la mémoire invente, puis efface :

sans marcher, ils marchent

sur ce maintenant, pont

tendu entre une lettre et l’autre.

Comme bruine sur braises,

au fond de moi les pas s’avancent

vers des lieux qui soudain deviennent de l’air.

Noms : ils s’arrêtent,

et disparaissent, entre deux mots.

Le soleil chemine sur les décombres

de mes dires, le soleil rase les sites,

à peine ont-ils confusément

émergé de l’aube de cette page

le soleil ouvre mon front

balcon surplombant un abîme intérieur.


Mise au net, 1975

Ruidos confusos, claridad incierta.

Otro día comienza.

Es un cuarto en penumbra

y dos cuerpos tendidos.

En mi frente me pierdo

por un llano sin nadie.

Ya las horas afilan sus navajas.

Pero a mi lado tú respiras;

entrañable y remota

fluyes y no te mueves.

Inaccesible si te pienso,

con los ojos te palpo,

te miro con las manos.

Los sueños nos separan

y la sangre nos junta.

somos un río de latidos.

Bajo tus párpados madura

la semilla del sol.

El mundo

no es real todavía,

el tiempo duda:

sólo es cierto

el calor de tu piel.

En tu respiración escucho

la marea del ser,

la sílaba olvidada del Comienzo.


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